Author Archives: Anne Libbrecht Gourdet

A bras ouverts

A bras ouverts
Maître-autel de l’abbaye de Maredsous

Jeune, beau et le visage serein, tel est le Christ en croix sculpté par J. Williame pour le maître-autel de Maredsous. Et les bras grand ouverts pour nous accueillir. Il n’y a pas moyen de les ouvrir plus grands !

«  Les bras dont étendus sur la Croix, ouverts à chacun, nous montrant la hauteur et la profondeur, la longueur et la largeur de l’amour de Dieu qui n’a pas de limites. » (1)

Centre spirituel de l’Assomption à Lourdes

Bras droit levé vers le haut, tête penchée, ce Christ à la longue robe semble prêt à s’envoler en nous indiquant le chemin du ciel (centre spirituel de l’Assomption à Lourdes).

A Medjugorje, la statue de l’Ascension a aussi les bras grand ouverts.

Ce geste est celui de tous les parents pour inviter leurs enfants à courir vers eux.

Eglise Notre-Dame de Halle

Dans l’église Notre-Dame de Halle (Allemagne), le Christ moderne en métal, s’échappe en partie de la croix en tendant le bras vers nous (P.J. Hinz, 1976).

(2)


Oui, c’est bien le sens de la vie de Jésus : venir vers nous pour nous inviter à venir chez lui.

«  Le Christ n’a pas voulu être décapité mis être étendu sur la croix, écartelé, suspendu, pour réunir ce qui était en bas, en haut et au milieu. » (3)

Johann-Peter HINZ, travaillait le métal comme ses frères artistes et a choisi le fil de fer barbelé pour cette oeuvre. Faut-il y voir une réminiscence des camps de concentration? A la fois artiste et homme politique, il a été un des initiateurs de la révolution paisible de sa ville en 1989.

(1) Timothy RADCLIFFE, Chemin de croix, Eds. Du Cerf, Paris, 2015, p.101.

(2) Johann-Peter HINZ, travaillait le métal comme ses frères artistes et a choisi le fil de fer barbelé pour cette oeuvre. Faut-il y voir une réminiscence des camps de concentration? A la fois artiste et homme politique, il a été un des initiateurs de la révolution paisible de sa ville en 1989.

(3)Isaac de l’Etoile, théologien, + 1178

Regarder sans voir

Regarder sans voir
La chambre de Vincent

Impression désagréable. Vous êtes dans une réception où il y a de nombreuses personnes. Vous discutez avec une amie lorsque son regard se dirige derrière vous et ne vous regarde plus. C’est comme si vous n’existiez plus. Vous commencez à parler à votre mari. Il ne vous regarde pas et continue à lire son journal. Impression vraiment pénible.

Dans son livre, La chambre de Vincent, Medit ARDITI évoque le non-regard avec acuité. Il parle de ce non-regard qui incite une personne à se suicider.

Le docteur Pannwitz, chimiste en chef du camp d’Auschwitz, regarde Primo Levi comme on regarde un poisson dans un bocal, d’un regard qui ne s’arrête pas et, pourquoi mon dieu s’arrêterait-il sur celui qui n’existe pas ? Il le transperce sans le faire exprès, comme on transperce le vide.

L’autre n’est pas autre chose. Le non-regard marque et annule comme l’antimatière fait disparaître des particules vraies et solides, de la matière en bonne et due forme …

Comment se remettre d’une telle négation d’humanité ?

… trop peu d’humanité, trop peu en face de soi, rien, ni personne sur qui accrocher son regard, aucun partage.

Van Gogh peint 50 autoportraits desquels surgit une même supplique hurlante, insoutenable : « Pour l’amour du ciel, regardez-moi. »

Medit ARDITI, La chambre de Vincent, Ed. Zoé, Genève, 2002, p.17 à 19

NON STOP

NON STOP

NON STOP

Il pleut : J’attends le bus sous l’abribus. Un bruit , ces voitures qui défilent à toute vitesse.

Un coup d’oeil à ma montre : le bus est en retard de 5 minutes, de 10 minutes. Je commence à m’énerver : je vais rater mon rendez-vous.

Aussi, j’avance d’un pas et fait le geste du pouce de l’autostoppeur en même temps qu’un sourire. Mais cela ne ralentit pas les voitures. Aucune ne s’arrête. Avec mes 82 ans, ai-je l’air d’un terroriste ? Est-ce que je fais peur à quelqu’un ?

Heureusement le bus arrive avec 15 minutes de retard. Ouf.

Une autre fois, il neige, il vente et fait froid. En l’absence de bus, je fais à nouveau du stop. une cinquantaine de voitures filent sous mon nez sans s’arrêter. Finalement, c’est une camionnette qui accepte de me prendre.

Après avoir remercié mon chauffeur, je lui pose la question : »Mais pourquoi les voitures ne s’arrêtent-elles plus pour les gens ?  Au siècle passé (XXe siècle), le stop fonctionnait très bien.

Plein de jeunes faisaient de grands voyages de cette manière. »

Et de me répondre : «  Les gens sont trop pressés et ils ont peur ! »

Quel dommage que cette entr’aide n’ait plus lieu. Elle permettait de charmantes rencontres et de bonnes conversations.

Quand je suis chauffeur, je n’hésite pas à prendre des jeunes ou des gens attendant bravement sous la pluie.

TAYBEH

TAYBEH

Ce nom ne vous dit sans doute rien.

Un nom inconnu ; un village non loin de Bethléem qui s’appelait autrefois Ephraïm, le seul village encore entièrement chrétien..

Charles de Foucauld y est passé à pied lorsqu’il se rendait à Jérusalem.

Situé sur une hauteur, Taybeh possédait une église byzantine du Ve siècle dont il reste quelques ruines.

Cette église était dédiée à St Georges, celui qui vainquit les dragons et qui est censé protéger des cauchemars.

Le village reprit vie grâce à un curé Ra’ed qui réussit à réunir 3 églises présentes là : les orthodoxes, les melkites et les catholiques avec énormément de diplomatie.

Taybeh n’était pas riche mais le dynamique curé proposa que l’on plante des oliviers. Récoltes excellentes qu’il fallait écouler…

Loin de tout, il se dit alors qu’il fallait utiliser Internet et l’on fixa donc l’antenne sur la croix de l’église.

Les Soeurs de la Croix de Jérusalem vinrent s’y installer et créer une école de qualité.

Ce sont d’anciennes cheftaines guides qui se sont inspirées pour leur ordre des valeurs du scoutisme: fraternité, service, droiture, joie et chants.

On peut visiter une petite maison arabe ancienne où l’on voit comment vivaient les gens il y a un demi-siècle : leurs instruments pour le travail de la terre, leurs moyens de conservation des aliments, leurs habits, leur manière de dormir.

Une grande encoche sous la porte nous intrigue.

Il s’agissait d’y passer la main pour se faire reconnaître par les femmes qui étaient obligées de rester à l’intérieur et ne pouvaient évidemment pas y faire entrer d’autres hommes que leurs fils, maris , frères ou pères. Nous en avons un exemple dans le Cantique des Cantiques au chapitre 5, , verset 4:

Mon bien-aimé passe la main par le guichet de la porte et j’en ai le coeur battant.